"Ne jamais s'avouer vaincu.
L'infortune est une pierre de touche. Elle éclaire d'une lumière terriblement crue les candidats à la défaite et au renoncement, à qui elle donne enfin l'occasion de se montrer sous leur véritable jour : faibles, mous, lâches, ou simplement trop tendres - si bien qu'on a parfois l'impression qu'ils accueillent avec une espèce de soulagement misérable l'épreuve ou l'avatar qui les justifie d'être ce qu'ils sont.
En revanche, le malheur exerce sur certains autres un effet inverse. Il décuple leur volonté de vaincre, il les rend plus combatifs, plus attentifs, plus audacieux et les met en pleine possession de leurs facultés. Je suis de ceux là.
Je ne pense pas être un surhomme, c'est tout le contraire. Si j'étais Zorro ou Superman, je ne sentirais même pas les coups qui m'accablent. Non seulement je les sens mais ils retentissent au plus profond de ma chair, et j'en souffre autant que quiconque. Mais chaque coup est une invitation à riposter, plus fort si possible. C'est peut être le souvenir lointain de mes bagarres enfantines. Ou peut être que j'ai mauvais caractère tout simplement.
Je me bat au corps à corps avec la malchance. Je mords. Je griffe. J'envoie des coups de poing, des coups de pied. Et pendant ce temps, une joie sauvage m'envahit. Mes veines se dilatent. Mon coeur bat plus fort. Moi qui serait incapable de faire du mal à une mouche, j'éprouve un plaisir immense à m'attaquer à cet animal purement abstrait mais si dangereux, à ce sanglier des forêts professionnellesqui menace chacun de nous et qui s'appelle le mauvais sort, le guignon, le pépin, la poisse, la tuile, le revers, l'échec. Je le débusque, je le traque, je le réduuis et je le "sers", comme disent les chasseurs - je hais la chasse, je l'ai déja dit - avec une ivresse guerrière qui ne me ressemble pas.
Ne jamais s'avouer vaincu. "
Mémoires d'un lion.
Voici quelques lignes de l'autobiographie de Marcel Bleustein Blanchet. Un ouvrage que je voyais comme le recueil des grands regrets d'un vieillard près de la fin, mais qui s'avère être une sorte..d'épopée fantastique. Un regard jeune sur les faits des 80 dernières années de notre Histoire, un regard bien différent de celui des livres d'école. Celui qui, sans un diplôme a crée LA publicité en France ("alors qu'elle trainait dans le ruisseau"), est devenu millionnaire à 30 balais, a cotoyé les plus grands, a tout reconstruit alors que tout était perdu...
La (..ma) preuve vivante qu'on peut réussir avec rien au départ, juste une idée, et la volonté d'en venir à bout (et beaucoup de persévérance et de fierté).
Merci Papy merci Mamy <3